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Les Etats piégés dans un soutien financier sans fin à une économie mondiale moribonde- Extrait GEAB N°37 (15 septembre 2009) -
Le ralentissement actuel (1) de la vitesse d'effondrement de l'économie mondiale qui « crée » les « bonnes nouvelles » (2), n'a été rendue possible que par l'immense effort de soutien financier public mondial des douze derniers mois (3). Mais le « temps gagné » grâce à l'argent des contribuables du monde entier aurait dû être consacré à la remise à plat du système monétaire international puisqu'il est au cœur de la crise systémique actuelle (4). Pourtant, en-dehors de considérations cosmétiques (5) et d'immenses cadeaux faits aux banques américaines et européennes, rien de sérieux n'a été entrepris (6) et, pour l'avenir, le chacun pour soi s'impose désormais (7).
Le récent sommet des ministres des finances du G20 a apporté la preuve que sans ce soutien, l'effondrement économique reprendrait aussitôt ; c'est pour cela qu'il a conclu a la poursuite des politiques de soutien en tout genre (subventions, stimulus, interventions de banques centrales, rachats de bons du trésor, planche à billets,…) tout en essayant de faire la « une » des médias sur un débat concernant « la coordination de la sortie de crise ». A défaut de pouvoir parler du sombre présent, parlons d'un hypothétique futur brillant (8). C'est une méthode classique des pouvoirs confrontés à une impasse.
Evolution globale de la production, du commerce et des prix à la consommation (2000 – 2009) – Source : BRI, 2009
Pour LEAP/E2020, le graphique ci-dessus illustre une réalité incontournable : la dérive du système économique, financier et monétaire global s'accélère, sa faiblesse atteint des niveaux inégalés dans l'histoire moderne, qui le rend désormais susceptible de rupture au moindre choc important : financier, géopolitique ou même naturel (9). Le plongeon vertigineux des Etats dans des déficits publics incontrôlables (10) (puisque les gouvernements sentent que sans leurs plans de soutien public, les économies mondiales vont repartir illico dans leur chute brutale) crée une situation littéralement explosive, avec à la clé une formidable hausse des prélèvements fiscaux du Japon à l'Europe en passant par les Etats-Unis (11). S'il y a une reprise en vue, c'est bien celle des hausses d'impôts. D'ailleurs, les électeurs japonais, face à un taux de chômage historique et à une économie toujours en chute libre, ont décidé de chasser les dirigeants en place dans leur pays depuis des décennies : ils ne sont que les premiers à entamer le grand chambardement politique de la prochaine phase de la crise (12). L'administration Obama a ainsi découvert avec surprise cet été la profondeur de la colère populaire qui s'est fixée sur son programme de réforme du système de santé (pourtant bien nécessaire) (13).
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Notes: (1) Pour représenter la crise aujourd'hui, voici l'analogie qui s'est imposée à nos chercheurs : une balle en caoutchouc rebondissant de marche en marche dans un escalier. Si elle semble remonter à chaque marche par effet rebond (donnant un moment l'impression que sa chute s'est arrêtée), c'est pour tomber encore plus bas à la marche suivante, pour effectuer une « reprise » de sa chute. (2) Par exemple, parler en pourcentage fait partie de l' « euphorisation » de l'été 2009. Ainsi, nombre de banques dont la valeur en bourse était tombée proche de 0 ont-elles pu clamer ces derniers mois des « rebonds » de +200%, +300% ou + 500%. Il suffit par exemple de consulter l'évolution des cours de Natixis, Citi ou Royal Bank of Scotland pour comprendre le piège : regagner 500% quand l'action est tombé à 1, cela vous fait 5 … ce qui vous laisse toujours une perte de 40 si vous l'avez achetée il y a 2 ans (ou si vous avez emprunté contre cette garantie). Ne jamais oublier qu'un pourcentage de hausse est toujours plus petit en valeur absolue qu'un pourcentage de baisse (et plus la baisse a été forte, plus c'est vrai), une vérité que le monde financier aime vous faire oublier… Mais que l'évaporation de vos investissements, de vos placements ou de vos économies ne risque pas de vous faire oublier ! C'est d'ailleurs l'un des obstacles sur le chemin de la « reprise en vue » chantée sur tous les tons par nos dirigeants : pour que les affaires reprennent comme avant (« reprise »), il faut que les gens oublient la crise et ses conséquences. Mais ce qui était possible pour les « crisettes » de ces dernières décennies, ne l'est pas pour celle-ci car elle est, au sens propre, « inoubliable » pour ceux, toujours plus nombreux, qui en sont les victimes : l'intensité, la durée, l'ampleur du phénomène et de ses conséquences ne permettent pas en effet de tout simplement « tourner la page ». (3) L'annonce par la France que l'état prolonge jusqu'à la fin 2010 son soutien aux banques en est une parfaite illustration. Source : Reuters, 13/09/2009 (4) Voir le communiqué publié par LEAP dans le Financial Times à la veille du Sommet du G20 de Londres en Avril dernier. (5) La « chasse aux bonus des traders » est une action moralement salutaire, mais elle ne doit pas faire oublier qu'ils ne sont que les « corsaires » des banques qui les emploient et des places financières qui hébergent ces dernières. Ce sont leurs employeurs et leurs hébergeurs qui leur accordent leurs « lettres de marque » (ou devraient-on dire de bonus ?) et qui les autorisent à écumer les océans de la finance mondiale. Limiter les bonus au montant de leur salaire obligerait les banques à les employer en tant que capitaines aux longs cours, au lieu de flibustiers. C'est aux Etats de trancher en la matière, sachant bien entendu que ce sont Wall Street et la City qui ont le plus à perdre puisqu'elles sont au cœur de ce système. A titre anecdotique, non seulement les Etats-Unis n'ont jamais ratifié le traité de Paris de 1856 qui abolissait la « guerre de course », mais ils ont même réactivé la formule suite au 11 Septembre avec le « September 11 Marque and Reprisal Actes of 2001 ». (6) D'ailleurs la Banque des Règlements Internationaux, au cœur du système des banques centrales mondiales, ne dit pas autre chose dans son 79° rapport annuel, paru en Juillet 2009. Deux courts extraits résument son sens général : « Les établissements trop grands pour faire faillite – ceux qui, à eux seuls, créent un risque systémique intolérable parce que de nombreux autres leur sont exposés – sont un véritable défi dans ce contexte. Or, ces deux dernières années, leur nombre s’est trouvé multiplié par les fusions–acquisitions, qui ont été l’une des solutions apportées à la crise. Bien que cette approche soit compréhensible à court terme, elle génère – les autorités le savent bien – une structure non viable. » Et, « L’effort massif à court terme porte en lui deux grands risques pour la reprise à long terme : premièrement, les mesures prises jusqu’ici ne suffiront peut-être pas à rétablir la solidité du système bancaire ; deuxièmement, l’absence de stratégies claires pour sortir de ces programmes de consolidation monétaire, budgétaire et financière pourrait entraver, plutôt que faciliter, les nécessaires ajustements macroéconomiques. ». Source : BRI, 07/2009 (7) Source : Times, 02/09/2009 (8) Et, simultanément, alimentons le catastrophisme sanitaire en occupant la une des médias avec les risques de pandémie de la grippe A. A ce propos, sans prétendre à la moindre expertise en matière médicale, LEAP/E2020 souhaite néanmoins souligner que l'hémisphère Sud n'ayant connu aucune épidémie significative de grippe A durant l'hiver austral qui prend fin actuellement, il serait très étonnant que le virus se déchaîne dans l'hémisphère Nord. En revanche, l'espace médiatico-politique utilisé sur ce sujet permet de réduire d'autant les informations sur l'étendue actuelle de la crise systémique globale. Rien de mieux qu'une crise pour en chasser une autre… au moins dans les médias ! (9) Dans le prochain GEAB, le N°38 qui paraîtra en Octobre, nous ferons une mise à jour de nos anticipations par pays et grandes régions du monde, incluant bien entendu un bilan concernant les cessations de paiement des Etats-Unis et du Royaume-Uni. (10) Avec un record d'émissions obligataires en Europe (1.100 milliards € pour la zone Euro en 2009, et plus de 250 milliards € pour le Royaume-Uni) et un déficit fédéral de 9.000 milliards USD sur les dix ans à venir, aucun doute sur l'aspect incontrôlable de l'affaire. Source : Yahoo/Reuters, 04/09/2009 ; CBS, 25/08/2009 (11) La pression fiscale a en effet de l'avenir : de la taxe carbone récemment inventée par le Président français Nicolas Sarkozy (source : Le Monde, 10/09/2009 ) aux rumeurs croissantes de TVA aux Etats-Unis (source: Reuters, 08/09/2009) ou de hausse des taxes sur l'essence britannique (source : Sunday Express, 13/09/2009), sans parler des amendes en tout genre qu'inventent ou appliquent lourdement les collectivités locales et les états. (12) Aux Etats-Unis, en Europe ou en Chine également. Sources : Reuters, 08/09/2009 ; Financial Times, 06/09/2009 ; BBC, 26/07/2009 . (13) L'ampleur de cette colère, qui vient de s'exprimer dans une grande manifestation à Washington (source : New York Times, 12/09/2009), dépasse en effet largement le contexte du système de santé et la tentative de récupération politique du Parti Républicain : c'est un rejet populaire de Washington et de sa collusion avec Wall Street qu'exprime un grand nombre de ceux qui manifestent. La santé n'est qu'un prétexte (et certainement pas le mieux choisi), tout comme l'opinion publique en Europe s'était focalisée sur le rejet du projet de Constitution européenne pour exprimer une frustration générale en ce qui concerne la gestion de l'Union européenne. Mardi 5 Janvier 2010
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GEAB N°46 - Sommaire- Publié le 15 juin 2010 -
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Second trimestre 2010 : Aggravation brutale de la crise systémique globale - Renforcement de cinq tendances négatives fondamentales