GLOBAL SYSTEMIC CRISIS Press clippings
|
La Fed face au grave dilemme de l'été 2011 : nécessité absolue d'un QE3, impossibilité absolue d'un QE3
- Extrait GEAB N°53 (15 mars 2011) -
Comme nous l'avons souligné précédemment, avec le Quantitative Easing II, sur fond de méfiance de plus en plus forte vis-à-vis du Dollar et de l'économie US, la Fed est devenue l'acheteur quasi-unique des Bons du Trésor US. Officiellement elle achète déjà 70% des nouvelles émissions. L'utilisation de « faux-nez » via la City londonienne et les places financières off-shore porte plus probablement cette part au-dessus de 90%. Mais, en fait, la part réelle de Bons du Trésor achetés par la Fed n'est pas en soit si importante car, selon LEAP/E2020 (1), cela fait des années qu'elle achète la majorité des nouvelles émissions de dette américaine, via ses « primary dealers » et les circuits exotiques multiples qu'offre la planète financière. Ce qui est important avec l'annonce des politiques de Quantitative Easing depuis 2009 c'est le « dévoilement » d'une réalité qui préalablement était cachée … car elle pouvait l'être.
La confiance dans l'économie américaine permettait à la Fed de faire « ses petits arrangements » avec la réalité sans que personne ne s'en inquiète, ni même (pour la plupart des opérateurs) n'imagine que de telles pratiques étaient devenues la norme depuis de nombreuses années. L'économie étant pour une grande part une affaire de psychologie collective, l'important désormais est que la plupart des acteurs savent qu'il n'y a plus que la Fed pour acheter des Bons du Trésor US.
La catastrophe japonaise renforce considérablement cette prise de conscience puisqu'il sera impossible de faire croire à quiconque que le Japon va continuer à acheter de la dette US à un moment où il doit mobiliser tous ses moyens financiers pour sauver le pays. La Fed arrive donc au bout du « chemin qui ne mène nulle part » sinon à un désastre financier (2). En effet, dans trois mois, date de la fin officielle du QE2, elle doit à la fois mentir et dire la vérité sur le même sujet : affirmer que QE2 a fonctionné, que l'économie US a redémarré et qu'elle n'a donc plus besoin d'acheter de Bons du Trésor US, et simultanément continuer à acheter 90% de ces même Bons du Trésor puisqu'il n'y a plus qu'elle comme acheteur sur ce marché.
Or en trois ans, la psychologie des marchés financiers a totalement changé en ce qui concerne les dettes souveraines en général, et la dette US en particulier : les opérateurs vont soigneusement scruter les flux et en tirer les conséquences, comme vient déjà de le faire PIMCO en vendant ses Bons du Trésor.
Evolution des dépenses obligatoires (3), des intérêts de la dette et des revenus des Etats-Unis (1980-2050) (en pourcentage du PNB) (bleu : revenus : rouge : dépenses obligatoires et intérêts de la dette) - Sources : USA Inc. / US Congressionnal Budget Office, 03/2011
Résumons donc la situation à l'été 2011 pour les marchés de la dette US :
. les Munis (dettes des collectivités locales) vont continuer à se dégrader pour imploser littéralement au début de la nouvelle année fiscale US (qui démarre en Juillet) (4)
. les opérateurs privés (comme PIMCO) vendent ou au minimum n'achètent plus de dettes US
. le Japon (troisième détenteur de dette fédérale US après la Fed et la Chine) va devoir vendre les T-Bonds pour financer sa reconstruction (5)
. l'Euroland, qui effectue tranquillement sa sortie des marchés financiers anglo-saxons (6) (avec, comme prévu, un sommet de l'Euroland le 11 Mars dernier qui confirme la pérennisation de son fonds de stabilité financière (7) et l'affirmation du contrôle de l'Euroland (8) sur l'évolution générale de l'UE (9)) et qui va réduire de ce fait encore plus son stock de dette US (10)
. la Chine ne souhaite plus accroître son stock immense de dette fédérale US
. les pays pétroliers du Golfe, Arabie saoudite en-tête, dont les régimes luttent pour leur survie et qui ne croient plus à la protection US, ont désormais d'autres priorités que de soutenir le marché des Bons du Trésor américain (et ils risquent même d'en faire une arme contre Israël et Washington (11)).
Enfin, pour couronner le tout, l'économie américaine continue à s'enfoncer dans la « double-dip-flation ». Plus personne ne croît désormais aux chiffres du chômage US, censés montrer une amélioration du marché de l'emploi. Même les médias « mainstream » américains dénoncent désormais le caractère irréel des statistiques en question. CNBC du 14/02/2011 titre même « Comment le taux de chômage est devenu une mauvaise blague » (12). Les prix de l'immobilier continuent à s'effondrer. Le déficit commercial enfle à nouveau (13). Et l'inflation réelle (celle des biens que consomment les gens) est en forte hausse. Le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est un tableau (14) qui n'incite pas vraiment à « investir » dans la dette d'une telle économie. Et nous rappelons que le reste du monde s'étant déjà fortement mobilisé pour critiquer le lancement du QE2, tout comme d'ailleurs une part importante des décideurs politiques US (voir GEAB N°49, les oppositions internes et externes à un QE3 seront extrêmement puissantes.
Evolution de trois taux de chômage US : deux taux officiels U3 en rouge et U6 en gris et le taux alternatif SGS (calculé selon les méthodes officielles en vigueur dans les années 1990) - Source : SGS, 04/02/2011
Toujours est-il qu'entre la nécessité absolue d'un QE3 et l'impossibilité absolue d'un QE3, la réalité ne s'accommodera pas du vide, quelque chose devra se passer au second semestre 2011 (15). Notre équipe est convaincue que c'est le moment où le discours dominant ces dernières années selon lequel aucun détenteur massif de Bons du Trésor US n'a en fait intérêt à les vendre par crainte de dévaloriser son propre stock de dettes US va se heurter au principe de réalité. Le Japon dans sa situation désastreuse constitue probablement un « principe de réalité » encore plus puissant que celui des régimes arabes du Golfe que nous avons déjà identifié dans le GEAB précédent. En tout état de cause, « deux principes de réalité » poussant dans la même direction (16), à un moment de faiblesse historique de l'économie US, de la Fed et du marché des dettes US, représentent à notre avis la certitude d'une implosion brutale de la bulle des dettes US au second semestre 2011 (17). Nous avions expliqué en Janvier dernier que 2011 serait l'année la pire depuis 2006, date du début de nos travaux d'anticipation sur la crise systémique globale, notamment parce que le système international est dans un tel état de faiblesse et de délabrement que n'importe quel choc important pouvait l'emporter dans une nouvelle tourmente. Nous sommes en train d'atteindre ce stade pour le marché des dettes US ; et bien sûr pour le Dollar US également.
----------
Notes:
(1) Voir les GEAB de 2006 et 2007 à ce sujet.
(2) Février 2011 s'annonce comme le mois du plus grand déficit fédéral mensuel jamais enregistré avec 223 Milliards USD. Source : Zerohedge, 07/03/2011
(3) Ces dépenses obligatoires incluent les dépenses sociales comme Medicaid, Medicare, Social Security. Ce scénario suppose notamment une reprise économique durable aux Etats-Unis.
(4) 44 états font face à des déficits cumulant plus de 100 milliards USD pour 2012. Source : CBPP, 09/03/2011
(5) Cette option commence à être bien envisagée désormais aux Etats-Unis. Source : Los Angeles Times, 14/03/2011
(6) A ce sujet, l'attitude des trois grandes agences de notation anglo-saxonnes devient une vraie parodie : dégradation de la note de l'Espagne à la veille du sommet de l'Euroland, refus de toucher à la note du Japon (en plein chaos économique et financier) mais dégradation de la note du Portugal (sans aucune autre raison qu'un sentiment sur les efforts budgétaires du pays). Les opérateurs semblent d'ailleurs en avoir tiré les conséquences qui s'imposent : l'Euro ne bouge même pas après les annonces des agences. Pour notre équipe, un peu à l'image du Financial Times il y a un an avec sa manipulation autour de l'Euro, ces agences ont définitivement perdu toute crédibilité professionnelle pour n'être plus que des supplétifs des marchés financiers anglo-saxons en pleine déconfiture. Elles vont bientôt réaliser que plus personne ne les écoute, ce qui offre un vaste marché à de nouvelles agences de notation souhaitant travailler de manière objective … un marché porteur pour des investisseurs de long terme.
(7) Comme nous l'avons expliqué dans des GEAB précédents, en se dotant de sa propre armature financière (fonds, règles, procédures …), les pays de l'Euroland diminuent très fortement leur dépendance des marchés financiers extérieurs à la zone.
(8) Lire à ce sujet l'intéressant article du Correre della Serra qui illustre l'adhésion massive des jeunes générations de l'Euroland à l'Euro, sans la moindre nostalgie pour les Marks, Francs, Lires ou Pesetas. Source : Presseurop, 04/03/2011
(9) Sources : Yahoonews, 15/03/2011 ; Deutsche Welle, 12/03/2011
(10) L'Euroland va en effet se concentrer sur l'achat de ses propres dettes ! Et nous ne nous attardons même pas sur la divergence désormais totale de perspective en matière de taux d'intérêts entre la BCE et la Fed. Source : CNBC, 03/03/2011
(11) Voir GEAB N°52
(12) Loin d'être redescendu à 8,9%, le taux de chômage se situe au-dessus de 20%. Voir graphique ci-dessus et le site très intéressant ShadowStats. Par ailleurs, il est utile de lire l'article de Richard Benson, publié dans SafeHaven du 16/02/2011, qui explique très clairement l'effondrement de la population active américaine. Par ailleurs, preuve de l'irréalisme des statistiques officielles, la Fed demande aux banques US de se préparer à un stress-test incluant un taux de chômage officiel à 11% pour le premier trimestre 2012 (ce qui, selon LEAP/E2020, devrait placer le taux réel à 25%). Source : Zerohedge, 17/02/2011
(13) Source : CNBC, 10/03/2011
(14) Nous vous incitons à parcourir le remarquable rapport réalisé par Mary Meeker, et intitulé USA Inc., qui présente les données fondamentales de l'économie américaine présentées comme un rapport financier d'une entreprise. Si la dette fédérale est une action de ces USA Inc., autant dire que les investisseurs vont plutôt avoir tendance à vendre qu'à acheter. Source : KPCB, 02/2011
(15) Ben Bernanke devra affronter l'impossibilité qu'il a lui-même aidé à créer. Source : Financial Sense, 03/03/2011
(16) Source : Bloomberg, 16/03/2011
(17) Sous l'administration Obama, la dette fédérale a augmenté de 3.500 Milliards USD. Source : CBS, 23/02/2011
|
GEAB N°65 - Sommaire
- Publié le 15 mai 2012 -
Crise systémique globale / Second semestre 20012 – Convergence de quatre facteurs explosifs : Banques-Bourses-Retraites-Dettes
En attendant que l'Euroland se dote, d'ici la fin 2012, d'un projet politique, économique et social commun de moyen et long termes, suite notamment à l'élection du nouveau président français François Hollande, anticipée depuis de nombreux mois par LEAP/E2020, les opérateurs resteront prisonniers des réflexes de court terme liés aux soubresauts politiques grecs, aux incertitudes sur la gouvernance de l'Euroland et aux risques sur les dettes publiques… (page 2)
Lire communiqué public
Quelles langues votre enfant doit-il apprendre pour qu’elles lui soient utiles dans vingt ans ? Anticipation des principales langues véhiculaires intra-européennes et mondiales à l’horizon 2030
Au-delà de son intérêt culturel, LEAP/E2020 conçoit bien entendu cette anticipation comme un outil d'aide à la décision tant individuelle (parents pour l'éducation de leurs enfants) que collective (institutions publiques éducatives, universités, états, entreprises internationales). Les stratégies individuelles et collectives en matière d’enseignement des langues sont en effet des processus de long terme requérant d’effectuer des choix fondamentaux près d’une génération à l’avance… (page 11)
S'abonner
Recommandations stratégiques et opérationnelles
. Devises-Or : Maintenir le cap
. Retraites : Préserver son capital
. Bourses : Dernière sortie avant chaos
. Banques : Méfiance maximale
. Obligations d'Etat : Le piège se referme (page 21)
S'abonner
Le GlobalEurometre - Résultats & Analyses
La majorité de sondés estimant que de grandes banques de leur pays peuvent faire faillite d'ici la fin 2012 se renforce à 66% ce mois-ci (contre 61% le mois précédent)… (page 23)
S'abonner
|