L'inéluctable remontée des taux d'intérêts


- Extrait GEAB N°42 (15 février 201) -



L'inéluctable remontée des taux d'intérêts
Ces éléments nous conduisent bien entendu à une question très simple à formuler, mais dont la réponse est complexe : combien va coûter tout cet argent autour duquel la compétition s'intensifie ?

Depuis 18 mois, les banquiers centraux répondent : « La crise est un problème de liquidité donc cet argent ne doit rien coûter et il ne coûte d'ailleurs rien »… et tout redémarrera ! Pourtant les mois passent, la reprise ne vient pas (1), les banques continuent à ne pas prêter (2), le chômage persiste à monter (3), l'immobilier US ne redécolle pas et la bourse stagne depuis plus d'un semestre (4) … malgré un afflux de liquidité à coût zéro comme le monde n'en a jamais connu auparavant. Et les Etats commencent à frôler les cessations de paiement, les recettes fiscales s'effondrent, les politiques d'austérité se profilent partout, et certaines banques centrales s'inquiètent de l'arrivée de l'inflation … commençant donc à remonter leurs taux d'intérêts officiels comme l'Australie et la Norvège, ou bien l'annonçant pour l'été 2010 comme la Suède (5), .. ou encore utilisant différents instruments connexes (comme les réserves bancaires obligatoires) comme la Chine (6).

Evolution comparées de M3 (réel) et du taux d'emploi non agricole (% changement an/an) (en rouge : emploi ; en bleu : M3) - Sources : Matterhorn / BLS, 02/2010
Evolution comparées de M3 (réel) et du taux d'emploi non agricole (% changement an/an) (en rouge : emploi ; en bleu : M3) - Sources : Matterhorn / BLS, 02/2010
Pourtant la Fed comme la banque d'Angleterre, celle du Japon et la BCE continuent à laisser entendre qu'elles sont loin de vouloir/pouvoir remonter leurs taux. Mais ont-elles vraiment le choix ? LEAP/E2020 a écrit il y a près de deux ans que la Fed avait perdu le contrôle de ses taux d'intérêt. Nous maintenons cette analyse et nous ajoutons que la Fed devra subir l'impact de deux types d'évolution d'ici la mi-2010 :

. les choix des banques centrales chinoise et européenne

. la confrontation au problème de solvabilité interne et externe de l'économie américaine.


Si la Chine, pour éviter l'explosion inflationniste de la bulle spéculative qu'elle entretient par sa politique d'argent facile depuis 18 mois, est obligée de continuer à resserrer sa politique monétaire (et c'est ce qui va se passer selon notre équipe), toutes les économies asiatiques (Japon compris) seront entraînées dans cette logique et deviendront des destinations privilégiées pour les liquidités mondiales dont ont tant besoin tous les grands acteurs économiques actuellement (7). La zone Euro, qui a déjà assez mal vécu cette baisse « forcée » du loyer de l'argent, emboitera le pas à l'Asie. Le seul moyen qui restera aux Etats-Unis pour ne pas se retrouver insolvable à l'international quand ils ont besoin d'attirer en continu des capitaux pour financer tous leurs déficits, consistera à suivre la tendance même s’ils ne le veulent pas (tout en accélérant la planche à billets – en le niant - pour essayer de compenser l'effet négatif en interne). C'est d'ailleurs ainsi qu'on découvre brutalement qu'on n'est plus en mesure de maîtriser l'évolution du monde.

L'achat croissant des T-Bons par la Fed ne peut pas durer éternellement en restant caché du monde et de ses concitoyens. Les tensions politiques internes croissantes autour de la Fed et de ses activités opaques (qui, nous le rappelons est un phénomène nouveau par son aspect très populaire) vont contraindre la Banque centrale US à une prudence renforcée en la matière. Vendre sa dette ou, plus précisément, accéder à de vraies liquidités (non imprimées par ses propres soins et acceptées par ses partenaires financiers et commerciaux) va devenir ainsi de plus en plus difficile … et donc plus cher, que Ben Bernanke le veuille ou non.

Parallèlement, en interne la montée des déficits de l'ensemble des catégories d'acteurs économiques (ménages, entreprises, banques, collectivités) va accroître l'exigence politique et le montant financier des besoins de financement du pays, rendant d'autant plus impératif l'attraction de l'épargne du reste du monde, pourtant plus faible et courtisée par d'autres pays plus attractifs. Cette évolution, qui est déjà en cours, laisse peu de place aux intentions et opinions des dirigeants américains. Comme dans le cas britannique, la tentative de cacher ces phénomènes d'ici l'élection de Novembre nous paraît très incertaine et nous pensons que dès le second trimestre ces remontées de taux vont s'imposer, malgré la volonté des décideurs. Dans un environnement économique caractérisé par une multitude d'opérateurs maintenus artificiellement en activité par du crédit gratuit (8), cette remontée des taux d'intérêts entraînera un effondrement de l'économie-zombie (voir GEAB précédents), soit un plongeon fatal de près de 30% de l'économie mondiale.

Evolution des crédits aux ménages et aux entreprises en France (2007-2009) (en bleu clair : ménages ; en bleu foncé : entreprises) - Sources : Les Echos / Cour des Comptes / Banque de France, 02/2010
Evolution des crédits aux ménages et aux entreprises en France (2007-2009) (en bleu clair : ménages ; en bleu foncé : entreprises) - Sources : Les Echos / Cour des Comptes / Banque de France, 02/2010
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Notes:

(1) Le cas de l'automobile est flagrant : comme anticipé, après le dopage par les primes publiques, le marché s'effondre ; en France, la chute est rude. Source : Lachute-overblog, 11/02/2010

(2) Source : MarketWatch, 31/01/2010

(3) Source : Journal des Finances, 27/01/2010

(4) Deux éléments qui conditionnent le retour du consommateur US qui pour l'instant reste aux abonnés absents.

(5) Source : SwedishWire, 11/02/2011

(6) Source : MarketWatch, 12/02/2010

(7) La Chine poursuit son retrait des actifs US. Source : Telegraph, 10/02/2010

(8) Source : Itulip, 27/01/2010

Vendredi 2 Juillet 2010


GEAB N°46 - Sommaire

- Publié le 15 juin 2010 -

Crise systémique globale : Les quatre points individuels de défaillance du système mondial au second semestre 2010
La seconde moitié de 2010 va correspondre à une nouvelle inflexion en matière de dislocation géopolitique mondiale, caractérisée par une accélération des processus de décomposition stratégique, financière, économique et sociale autour de quatre points individuels de défaillance du système international... (page 2)
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La dette publique occidentale : Quand l'insolvabilité devient insupportable
D'ici la fin 2010, le monde entier aura tiré toutes les leçons de la « crise grecque ». En fait, il n'y avait que deux leçons à en tirer… (page 5)
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L'austérité européenne : Quand la croissance conjoncturelle est abandonnée au profit de la stabilité structurelle
En parlant de l'Eurozone, nous avons bien écrit « une politique » d'austérité et non pas « des politiques d'austérité », car l'Allemagne fixe désormais les normes en la matière... (page 8)
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L'inflation chinoise : Quand la Chine va commencer à exporter son inflation
Le plan de relance chinois arrive à sa fin et débouche sur deux problèmes connexes... (page 12)
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La décroissance US : De « l'austérité populaire cachée » à l' « austérité fédérale imposée »
Les élections intermédiaires (« mid-term elections ») de Novembre 2010 vont constituer le premier test électoral des Etats-Unis en crise... (page 14)
Lire communiqué public

Seconds éléments de méthodologie de l’anticipation politique : Questions concernant les sources et la gestion des équipes de recherche
Deuxième série d’extraits du Manuel d'Anticipation Politique que LEAP publiera en Octobre 2010. (page 19)
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Recommandations stratégiques et opérationnelles pour le second semestre 2010
Bons municipaux US (« munis ») : Le grand choc obligataire
Devises : La tempête va se renforcer avec des vagues toujours plus hautes !
Bourses mondiales : Face à l'impensable
Or, cash, métaux précieux, immobilier… (page 23)
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Le GlobalEurometre - Résultats & Analyses
Les sondés sont désormais unanimes (un cas rare pour le GlobalEuromètre) à souhaiter la création d'agences de notation européennes et asiatiques, pour ne plus dépendre du bon vouloir des Moody's, Fitch et Standard & Poor's… (page 26)
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Annonces spéciales abonnés
Séminaire UE-Russie (page 28)
Académie d’Anticipation Politique, cycle 2010-2011 (page 30)
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