Israël 2020 : Deux scénarios au cœur de l’avenir d’Israël - LEAP/E2020 fonde deux scénarios concernant l’avenir d’Israël sur la description de sept paramètres de rupture


Extrait GEAB N°7 (15 septembre 2006)



Israël 2020 : Deux scénarios au cœur de l’avenir d’Israël - LEAP/E2020 fonde deux scénarios concernant l’avenir d’Israël sur la description de sept paramètres de rupture
La crise libano-israélienne de l’été 2006 a permis d’identifier beaucoup précisément les paramètres qui vont désormais définir l’équation régionale du Moyen-Orient.
Dans sa dernière livraison du GlobalEurope Anticipation Bulletin, LEAP/E2020 décrit les 7 nouveaux paramètres définissant désormais l’environnement géopolitique d’Israël, et élabore les deux scénarios alternatifs de l’avenir d’Israël résultant de la nature des réponses des principaux acteurs concernés aux modifications de ce nouvel environnement.
. Le premier scénario, intitulé « La fin de l’état d’Israël / Vers de simples communautés juives dans un Moyen-Orient musulman » présente les conséquences, dans l’environnement radicalement nouveau qui a émergé de la crise de l’été 2006, de la continuation pour encore une décennie de la politique adoptée par Israël depuis le milieu des années 90.
. Le second scénario, intitulé « Un état israélien durable, partenaire d’un monde arabe en voie d’intégration régionale » explore le potentiel d’une rupture radicale de la politique israélienne avec celle suivie ces dernières années, afin s’adapter aux nouvelles contraintes pesant sur le Moyen-Orient.

Les sept paramètres qui permettent à LEAP/E2020 d’élaborer ses deux scénarios sont :

* Des forces fondatrices désormais épuisées
* La fin de la période de « surpuissance » militaire
* La fin de l’option unilatéraliste
* Le renforcement constant de la capacité militaro-stratégique des adversaires
* L’incertitude croissante sur la nature du soutien américain de long terme à Israël
* L’influence croissante et durable de l’Union européenne au Moyen-Orient
* Le conflit israélo-palestinien devient un vrai conflit régional :

Voici quatre des sept paramètres identifiés par LEAP/E2020 dans cette analyse stratégico-politique de l’avenir d’Israël dans la région du Moyen-Orient :

3. La fin de l’option unilatéraliste : Les choix stratégiques opérés par les dirigeants israéliens depuis l’assassinat d’Itzhak Rabin, et tout particulièrement par la série de Premier Ministres Netannyahou, Sharon et Olmert, consistant à utiliser cette « surpuissance » pour tenter d’imposer des solutions unilatérales aux problèmes régionaux, ont abouti à accélérer la fin de cette période de « surpuissance ». Il est probable que, comme nombre de dirigeants dans l’Histoire, ces derniers se soient eux-mêmes laissés prendre au piège de « croire à leur propres communiqués de presse » et aient surestimé les capacités de leurs propres forces. Toujours est-il que l’utilisation systématique de l’appareil militaire pour fonder et mettre en œuvre leurs politiques, en lieu et place du dialogue et de la négociation, a créé une situation qui a contribué à affaiblir ce même appareil et à renforcer le désir, chez leurs adversaires, de pouvoir s’y opposer. [1]

4. Le renforcement constant de la capacité militaro-stratégique des adversaires : Le monde arabo-musulman dans son ensemble connaît une amélioration constante de sa capacité de lutte contre les stratégies et tactiques militaires américaines, ou directement inspirées de ces dernières (comme ça a été le cas pour l’offensive israélienne de l’été 2006). Depuis plusieurs années maintenant, les conflits en Afghanistan et en Iraq fournissent en effet chaque jour des enseignements en la matière qui sont analysés et diffusés dans l’ensemble du monde arabo-musulman. La supériorité stratégique ou tactique de l’armée israélienne est donc désormais durablement confrontée à un défi particulièrement complexe à relever. La question nucléaire posée par l’Iran en est un exemple plus sophistiqué que la capacité de résistance du Hezbollah ; mais fondamentalement il s’agit de la même tendance. On peut d’ailleurs constater, et ce malgré les oppositions américaine et britannique, que le reste du monde est parvenu à imposer (certes péniblement) à Israël un arrêt de la destruction des infrastructures publiques et privées du Liban. Le potentiel dissuasif de l’arme nucléaire israélienne est donc indirectement posé, car on peut se demander quelles puissances dans le monde soutiendraient la quasi-destruction des principales installations pétrolières mondiales et la stérilisation pour des décennies de zones concentrant d’immenses réserves d’hydrocarbures (en cas de frappes nucléaires sur l’Iran ou une autres puissance du Golfe persique). Là aussi, la puissance militaire potentielle pure ne mesure pas nécessairement la capacité politique réelle.

5. L’incertitude croissante sur la nature du soutien américain de long terme à Israël : Les échecs américains au Moyen-Orient, en particulier l’enlisement en Irak, sur fond d’affaiblissement généralisé des Etats-Unis, sont en train d’alimenter une remise en cause des relations privilégiées entre Israël et les Etats-Unis, alimentée tant par les adversaires d’un soutien inconditionnel américain à Israël [2] que par les avocats de ce même soutien, inquiets de l’incapacité d’Israël à mettre en œuvre les priorités américaines dans la région [3]. En fonction de l’évolution politique et économique aux Etats-Unis, Israël peut même craindre un renversement de tendances très brutal pouvant faire basculer les choix stratégiques américains au Moyen-Orient. Les dirigeants israéliens mentionnés à l’hypothèse 3 ont choisi de privilégier aux Etats-Unis l’alliance avec notamment la droite chrétienne du Part républicain. Cette alliance de circonstance ne doit pas faire oublier que cette famille religio-politique américaine possède une longue tradition anti-sémite et qu’étant très liée au pouvoir actuel à Washington, elle sera tentée, en cas de revers en politique intérieure, de « faire porter le chapeau » à un bouc émissaire aux échecs de sa politique au Moyen-Orient. Nul besoin d’être un grand visionnaire pour imaginer quel groupe pourrait bien être ce bouc émissaire ; et les conséquences d’une telle évolution sur les relations stratégiques Israël/Etats-Unis.

6. L’influence croissante et durable de l’Union européenne au Moyen-Orient : On peut considérer comme anecdotique le fait que les Européens reviennent militairement au Moyen-Orient exactement 50 ans après en avoir été chassé par le tandem américano-soviétique lors de la crise de Suez [4] . Cependant il n’en est pas moins réel que ce sont 7.000 soldats Européens qui vont assurer désormais la protection de la frontière Nord d’Israël et qui surveillent les côtes libanaises. Cette éventualité a toujours été considérée comme non souhaitable par les gouvernements israéliens successifs de ces dernières décennies, et par Washington. Loin d’être une répartition des tâches souhaitées par l’administration américaine, ou par les autorités de Tel-Aviv, il s’agit bel et bien du grand retour des Européens dans la zone (heureusement avec d’autres objectifs que ceux de la période coloniale et post-coloniale). Et ce retour est durable puisqu’il s’accompagne d’un fort soutien de l’opinion publique européenne (91% de soutien d’après le GlobalEuromètre de ce mois-ci) et que les Européens considèrent cette opération libanaise comme une première étape vers un rôle leader pour le règlement du conflit israélo-palestinien (là encore avec un plébiscite de l’opinion publique, à 98% d’opinion favorable [5]). Cette importance croissante des Européens dans la région va s’accompagner d’une approche beaucoup plus équilibrée du conflit et marque la fin de l’ère du soutien automatique à Israël qui a été celle de la dernière décennie de « parrainage américain » de l’ex-processus de paix.

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Notes :

1. On peut noter que l’armée israélienne a subi une bureaucratisation qui fait que ses officiers supérieurs actuels n’avaient aucune expérience concrète de la guerre, à la différence des générations précédentes qui avaient dû combattre sur le terrain. Son utilisation constante dans les territoires palestiniens ne leur a appris que des méthodes de maintien de l’ordre ; tandis que leur formation s’est déroulée de plus en plus sur le modèle américain. Les officiers supérieurs israéliens qui ont planifié l’échec militaire de l’été 2006 ont suivi les mêmes formations que les officiers supérieurs américains qui ont planifié le bourbier irakien actuel. Les dirigeants politiques ont également d’ailleurs une grande proximité intellectuelle. A ce sujet, la lecture de l’excellent article « Un été meurtrier », paru dans De Defensa le 07/09/2006, s’impose.

2. Le fameux article de Mearsheimer et Walt, paru à Harvard en Mars 2006, illustre la montée de cette tendance. Source: John Kennedy School of Governance

3. Le récent article de Aron Raskas, intitulé « What US Jews now expect from Israel ? » est en la matière très éclairant. Aron Raskas est un éminent responsable de plusieurs organisations juives importantes aux Etats-Unis. Source : Haaretz

4. Ainsi que l’a fait remarqué Franck Biancheri dans un article paru le 29/08/2006 dans Newropeans-Magazine

5. Source GlobalEuromètre 09/06

Mardi 3 Octobre 2006
LEAP / Europe 2020
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GEAB N°90- Sommaire

- Publié le 15 decembre 2014 -

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