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Crises immobilières : Au-delà des « prêts à risque », l’ensemble des opérateurs financiers impliqués dans le marché américain entraînés dans une spirale infernaleExtrait GEAB N°13 (15 mars 2007)
LEAP/E2020 a anticipé en détail le déclenchement de la crise des « subprime mortgages » (prêts immobiliers à risque ») depuis plus de six mois, en précisant que la fin 2006 et le début 2007 marqueraient l’explosion de cette « bulle immobilo-financière ». Le rythme des faillites de sociétés de crédit américaines spécialisées dans ce type de prêts est désormais quasi-quotidien. Les médias (et les « régulateurs ») découvrent avec « surprise » que nombre de ces sociétés étaient en fait maintenues artificiellement en activité depuis des mois par les grandes banques et établissements financiers (1) qui avaient massivement investi dans ce secteur si rentable (2).
Ainsi, pour LEAP/E2020, non seulement le marché n’est qu’au début de la prise de conscience de l’ampleur de la bulle dans le secteur des prêts immobiliers à risque, mais surtout il va découvrir dans le mois à venir deux axes de contagion particulièrement lourds de conséquences, notamment en ce qui concerne les grands établissements de crédits US (et opérant aux US). Ces derniers vont être fortement affectés par cette crise à trois niveaux :
a/ leurs engagements sur les prêts immobiliers à risque vont se transformer en dettes massives : Par exemple, New Century, dont la dette vient d’être classée « en faillite » par Standard&Poor’s (3), va représenter un « trou » de plus de 8 milliards USD pour les banques qui l’ont porté ces derniers mois : Morgan Stanley (engagé pour 2,5 milliards USD), Citigroup, Bank of America, Crédit Suisse, Goldman Sachs, Barclays, Ixis Real Estate (4). Actuellement toutes les grandes banques impliquées dans ce marché multiplient les « margin calls » destinées à se « couvrir » au maximum du fait de l’effondrement des valeurs des prêts qu’elles ont achetées et revendues sur les marchés financiers. Mais la plupart des sociétés de crédits immobiliers à risque sont en fait des coquilles vides depuis des mois qui ne vivaient plus que des lignes de crédit autorisées par ces mêmes grandes banques (5), dont les grandes banques d’affaires comme Lehman Brothers ou bien Merryl Linch, ou les bras financiers de grandes entreprises comme General Motors (6). b/ les faillites vont s’étendre hors du secteur des seuls établissements spécialisés dans le crédit à risque : En effet, la crise va s’étendre aux prêts immobiliers dans les catégories directement supérieures à celle dite « à risque », d’une part parce que les banques vont par précaution rendre plus difficile le refinancement des prêts (or ce sont plus de 2.000 milliards USD de prêts immobiliers qui arrivent à terme de refinancement cette année) ; et d’autre part parce que nombre d’établissements de crédit ont en fait prêté sans précaution y compris aux catégories censées être moins risquées comme les « narrow subprime », « Alt.A », « near prime » et même « prime » (7). Ainsi contrairement à ce que répètent les médias financiers, la crise des prêts à risque est en fait une crise qui va toucher près de la moitié des prêts immobiliers américains effectués ces deux dernières années (8).
c/ L’effondrement du marché des prêts à risque est en train d’entraîner dans sa chute l’un des vecteurs préférés des marchés financiers ces dernières années (9) : Le CDO (Collateralized Debt Obligation – titre dont la valeur est adossée à des créances notamment sur l’immobilier). Ainsi en 2006, ce sont près de 150 milliards USD de nouveaux CDO hypothécaires qui ont été absorbés par le marché américain (sur un marché des CDO atteignant désormais près de 1.000 milliards USD) dont l’immense majorité basés sur des prêts à risque (10). Et on assiste ces jours-ci à un effondrement de ce marché qui va entraîner avec lui celui des acquisitions à effet de levier (LBO) qui ont dopé les marchés financiers ces dernières années car les CDO étaient en général les « combustibles » de ce type d’opération (11). D’autre part, d’une manière générale, la déroute des prêts immobiliers à risque entraîne le grand retour de l’aversion au risque, comme l’avait annoncé LEAP/E2020 dès la fin 2006. Et bien entendu, cette tendance précipite la crise des hedge funds (dont la bonne santé dépendait de ces produits financiers dérivés) déjà bien mal en point depuis quelques semaines (12).
En résumé, le secteur financier américain et l’ensemble des opérateurs impliqués sont en train de s’enfoncer dans une crise généralisée et très profonde (13) puisque ce sont les ressorts de la croissance des opérateurs financiers US qui sont désormais atteints. Et ce ne sont ni les « hélicoptères » déversant des liquidités (chers à Ben Bernanke) (14) sur une économie déjà engluée dans l’argent facile, ni les actions désormais quasi-quotidiennes de la « Plunge Protection Team » (cf. GEAB N°8) qui pourront durablement renverser la tendance. En ce domaine, les autorités financières américaines en sont au stade des dirigeants politiques et militaires US en Irak : les seules options restantes sont toutes de mauvaises solutions.
L’équipe LEAP/E2020 reviendra sur les conséquences de cette situation dans ses recommandations, mais il est certain que ce trimestre sera le dernier avant longtemps à pouvoir encore offrir de bons résultats pour les opérateurs financiers.
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Notes: (1) Pour avoir une première idée du type de banques US qui peuvent être particulièrement exposées, lire ce très intéressant article de Philip van Doorn dans The Street du 14/03/2007, intitulé « Banks with most subprime exposure ». (2) Tout au long de ces derniers mois, alors que l’équipe de LEAP/E2020 anticipait l’effondrement en cours du marché des prêts à risque et des opérateurs financiers associés, la presse spécialisée s’est faite le porte-parole d’une remarquable opération de manipulation des investisseurs en relayant sans la moindre mise en garde les déclarations positives des banques d’affaires sur les établissements de crédit concernés, alors même que ces banques d’affaires étaient lourdement impliquées dans le marché des prêts à risque. Le meilleur exemple est peut-être cet article de MarketWatch/DowJones du 1er Mars 2007 (« New Century upgraded at Bear Stearns ») titrant sur le fait que Bear Stearns valorisait à la hausse les actions de New Century, soit dix jours avant que sa cotation soit suspendue et des poursuites judiciaires contre ses dirigeants entamées par les autorités californiennes. Pourtant, en rachetant récemment ECC Capitals, une société de prêts à risque (cf. Yahoo Finance, 12/02/2007), Bear Stearns, comme tous ses collègues de Wall Street, était bien devenu un acteur de ce marché, donc fortement soupçonnable de ne plus donner des avis impartiaux. (3) Reuters, 12/03/2007 (4) « New Century on bankrutpcy’s doorstep », Reuters, 12/03/2007 (5) “Goldman Sachs warns of ‘dead bodies’ after market rurmoil”, Telegraph, 06/03/2007 (6) “GM may take almost $1 billion charge for mortgages”, Bloomberg, 06/03/2007 (7) « Prime or not so prime : an exploration of US housing finance in the new century », Allen Frankel, Bank of International Settlement, Quarterly Review, March 2006 (8) « Mortgage liquidity du jour: Underestimated no more », Credit Suisse/Narreia, 12/03/2007 (9) Pour ceux qui ne maîtrisent pas bien ces différents termes et techniques financières, voir le très bon article de wikipédia sur le thème de la « titrisation ». (10) « Mortgage shakeout may roil CDO market », Wall Street Journal, 13/03/2007 (11) « CDO may bring subprime-likebust for LBOs and junk bonds », Bloomberg, 13/07/2007 (12) « Man group drops on key hedge fund’s woes”, MarketWatch/DowJones, 07/03/2007 (13) « Subprime Titanic Hits Iceberg: Wall Street Abandons Ship", Richard Benson, PrudentBear, 22/02/2007 (14) « Speech by Ben Bernanke », US Federal Reserve, 21/11/2002 Jeudi 9 Août 2007
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