LEAP/E2020 est un think-tank qui a certes une bonne connaissance des Etats-Unis, des collaborateurs et des abonnés aux Etats-Unis … et près de deux millions de lecteurs américains de ses communiqués publics ; mais c'est un think-tank européen, et non américain. Nous avons donc longuement hésité avant de répondre favorablement à la demande de plusieurs de nos abonnés US que nous formulions certaines recommandations pour contribuer à sortir le pays de l'impasse dans laquelle il se trouve. Nous sommes souvent très critiques sur les conseils aberrants et illégitimes que professent aux Européens les dirigeants et experts américains. Il est donc important pour nous de ne pas faire ce que nous critiquons chez les autres. Nous avons donc décidé, d'une part d'être bref, d'autre part de nous limiter au système institutionnel et, enfin, nous rappelons que chaque entité politique a ses propres logiques internes, ses contraintes spécifiques, un socle de valeurs et idéaux qui appartiennent à ses citoyens… et qu'il est souvent illusoire pour des étrangers de prétendre les comprendre et les intégrer dans des conseils. Ces limites étant posées, voici quelques idées qui peuvent être utiles dans le débat qui commence aux Etats-Unis sur l'avenir institutionnel du pays.
1° proposition : Généraliser les débats et discussions sur la Constitution.
Elle n'est ni un texte sacré, ni un texte parfait. Elle incarne les conceptions politiques des fondateurs des Etats-Unis et est nécessairement marquée du sceau de son temps : la fin du XVIII° siècle. Ces mêmes « pères fondateurs » seraient certainement aujourd'hui les premiers à conseiller aux Américains du XXI° siècle de reconsidérer l'ensemble de l'édifice institutionnel qu'ils ont légué. Deux cents ans c'est très vieux pour une constitution et le monde de 2011 n'a pratiquement plus aucun rapport avec celui de 1787. Ceux qui sanctifient les textes politiques au nom de la tradition ou du respect des « fondateurs » sont généralement les grands bénéficiaires actuels du système et ne veulent tout simplement pas perdre les privilèges qu'il leur dispense.
2° proposition : Reconsidérer la position géographique des institutions.
Le positionnement géographique des lieux de pouvoir et la nature de ce pouvoir sont toujours intimement liés. En contradiction avec la conception fédérale du pays, les Etats-Unis ont actuellement une structure de pouvoir politique hyper-centralisée : tout se passe à Washington. On retrouve ici un trait partagé par deux autres vieux systèmes institutionnels occidentaux : le système britannique où tout se passe à Londres ; et le système français où tout se passe à Paris. Ils reflètent l'état des infrastructures de transport et de communication du XVIII° et XIX° siècle (chevaux, diligence, train à vapeur, courrier postal) et sont donc très peu adaptés aux sociétés du XXI° siècle caractérisée par l'Internet, les avions, les trains à grande vitesse et les satellites.
D'autre part, l'hyper-centralisation favorise la captation du pouvoir politique par des élites qui s'auto-renouvellent, se ferment au reste du pays et développent des relations incestueuses avec les intérêts privés les plus puissants car elle favorise l'émergence d'une atmosphère de « bulle de pouvoir » coupée du reste du pays. Il est très surprenant qu'un pays aussi vaste que les Etats-Unis continue au XXI° siècle à voir toutes ses institutions concentrées dans une ville de l'Est du pays, à des milliers de km de 75% de la population (côte Ouest, côte Sud, sud de la côte Est,...). Le polycentrisme de l'Etat fédéral, c'est-à-dire, la répartition de grandes institutions fédérales dans une série de grandes métropoles du pays permettrait de pallier ce handicap et de rapprocher ainsi les élites politiques et administratives du pays de l'ensemble de la population. Deux arguments sont généralement opposés à ce polycentrisme institutionnel : un « coût trop élevé » et une évidente « inefficacité ». Ils peuvent être balayés du revers de la main très aisément : d'une part, aujourd'hui toutes les grandes entreprises fonctionnent en réseau sur ce modèle polycentrique … et elles ne sont pas connues pour rechercher l'accroissement des coûts de fonctionnement ; d'autre part, l'efficacité est un concept relatif qui en matière politique se fonde sur la pertinence et le succès des décisions prises. Les systèmes hypercentralisés actuels, comme celui de Washington, sont caractérisés de manière quasi-unanime comme étant justement incapables désormais de prendre des décisions pertinentes et de conduire avec succès les politiques décidées : là encore, le fonctionnement en réseau, caractéristique des systèmes polycentrés, fait chaque jour dans nos sociétés la preuve de son efficacité par opposition au fonctionnement pyramidal des systèmes centralisés.
3° proposition : Réduire les situations de blocages décisionnels potentiels
Il est utile d'éliminer du système le maximum de procédures qui permettent à de petites minorités de bloquer l'évolution générale. Dans le cas des Etats-Unis, cela passe par la réduction de la distorsion entre la représentation démographique et la représentation des Etats : il serait utile d'accroître le nombre des membres de la Chambre des Représentants pour renforcer la représentation populaire ; et d'autre part réduire la capacité de blocage au Sénat de la part d'Etats peu peuplés. Cette dernière option peut se faire soit en ajoutant une variable démographique au nombre de sénateurs par Etat, soit en réduisant fortement les majorités qualifiées nécessaires pour prendre les décisions afin de limiter les possibilités de blocage d'une petite minorité.
4° proposition : Réduire fortement l'influence de l'argent dans les élections fédérales
La prise en charge par l'Etat fédéral des dépenses de campagne des candidats en introduisant une sélection via l'exigence d'un minimum de signatures de citoyens ou d'élus pour pouvoir être candidat empêcherait l'essentiel de la distorsion actuelle qui s'exerce au profit des grandes entreprises et des ultra-riches.
5° proposition : Intégrer l'éducation dans les compétences fédérales
Comme nous l'avons analysé dans ce GEAB N°60, LEAP/E2020 estime que l'effondrement du système éducatif US est au cœur de la crise que traverse actuellement le pays. Et nous pensons qu'il est impossible que les Etats-Unis sortent de cette crise autrement que durablement très affaiblis si le système éducatif n'est pas remis sur pieds. Sous prétexte d'éviter une « main-mise fédérale », la situation institutionnelle actuelle laisse de facto l'éducation n'être la responsabilité politique de personne ; ou plutôt elle est laissée dans les mains de ceux qui font des profits financiers avec l'éducation. C'est la pire des situations car elle consiste à laisser l'avenir du pays entre les mains de n'importe qui. Il faut que le pays tranche : soit il en fait une compétence fédérale et le président et le Congrès deviennent directement responsables du succès ou de l'échec du système éducatif US ; soit il le confie aux Etats et dégage le niveau fédéral de toute responsabilité rendant chaque Etat comptable devant ses propres citoyens de la qualité de l'enseignement.
Nous espérons que ces quelques idées pourront être utiles à certains de nos abonnés américains.
1° proposition : Généraliser les débats et discussions sur la Constitution.
Elle n'est ni un texte sacré, ni un texte parfait. Elle incarne les conceptions politiques des fondateurs des Etats-Unis et est nécessairement marquée du sceau de son temps : la fin du XVIII° siècle. Ces mêmes « pères fondateurs » seraient certainement aujourd'hui les premiers à conseiller aux Américains du XXI° siècle de reconsidérer l'ensemble de l'édifice institutionnel qu'ils ont légué. Deux cents ans c'est très vieux pour une constitution et le monde de 2011 n'a pratiquement plus aucun rapport avec celui de 1787. Ceux qui sanctifient les textes politiques au nom de la tradition ou du respect des « fondateurs » sont généralement les grands bénéficiaires actuels du système et ne veulent tout simplement pas perdre les privilèges qu'il leur dispense.
2° proposition : Reconsidérer la position géographique des institutions.
Le positionnement géographique des lieux de pouvoir et la nature de ce pouvoir sont toujours intimement liés. En contradiction avec la conception fédérale du pays, les Etats-Unis ont actuellement une structure de pouvoir politique hyper-centralisée : tout se passe à Washington. On retrouve ici un trait partagé par deux autres vieux systèmes institutionnels occidentaux : le système britannique où tout se passe à Londres ; et le système français où tout se passe à Paris. Ils reflètent l'état des infrastructures de transport et de communication du XVIII° et XIX° siècle (chevaux, diligence, train à vapeur, courrier postal) et sont donc très peu adaptés aux sociétés du XXI° siècle caractérisée par l'Internet, les avions, les trains à grande vitesse et les satellites.
D'autre part, l'hyper-centralisation favorise la captation du pouvoir politique par des élites qui s'auto-renouvellent, se ferment au reste du pays et développent des relations incestueuses avec les intérêts privés les plus puissants car elle favorise l'émergence d'une atmosphère de « bulle de pouvoir » coupée du reste du pays. Il est très surprenant qu'un pays aussi vaste que les Etats-Unis continue au XXI° siècle à voir toutes ses institutions concentrées dans une ville de l'Est du pays, à des milliers de km de 75% de la population (côte Ouest, côte Sud, sud de la côte Est,...). Le polycentrisme de l'Etat fédéral, c'est-à-dire, la répartition de grandes institutions fédérales dans une série de grandes métropoles du pays permettrait de pallier ce handicap et de rapprocher ainsi les élites politiques et administratives du pays de l'ensemble de la population. Deux arguments sont généralement opposés à ce polycentrisme institutionnel : un « coût trop élevé » et une évidente « inefficacité ». Ils peuvent être balayés du revers de la main très aisément : d'une part, aujourd'hui toutes les grandes entreprises fonctionnent en réseau sur ce modèle polycentrique … et elles ne sont pas connues pour rechercher l'accroissement des coûts de fonctionnement ; d'autre part, l'efficacité est un concept relatif qui en matière politique se fonde sur la pertinence et le succès des décisions prises. Les systèmes hypercentralisés actuels, comme celui de Washington, sont caractérisés de manière quasi-unanime comme étant justement incapables désormais de prendre des décisions pertinentes et de conduire avec succès les politiques décidées : là encore, le fonctionnement en réseau, caractéristique des systèmes polycentrés, fait chaque jour dans nos sociétés la preuve de son efficacité par opposition au fonctionnement pyramidal des systèmes centralisés.
3° proposition : Réduire les situations de blocages décisionnels potentiels
Il est utile d'éliminer du système le maximum de procédures qui permettent à de petites minorités de bloquer l'évolution générale. Dans le cas des Etats-Unis, cela passe par la réduction de la distorsion entre la représentation démographique et la représentation des Etats : il serait utile d'accroître le nombre des membres de la Chambre des Représentants pour renforcer la représentation populaire ; et d'autre part réduire la capacité de blocage au Sénat de la part d'Etats peu peuplés. Cette dernière option peut se faire soit en ajoutant une variable démographique au nombre de sénateurs par Etat, soit en réduisant fortement les majorités qualifiées nécessaires pour prendre les décisions afin de limiter les possibilités de blocage d'une petite minorité.
4° proposition : Réduire fortement l'influence de l'argent dans les élections fédérales
La prise en charge par l'Etat fédéral des dépenses de campagne des candidats en introduisant une sélection via l'exigence d'un minimum de signatures de citoyens ou d'élus pour pouvoir être candidat empêcherait l'essentiel de la distorsion actuelle qui s'exerce au profit des grandes entreprises et des ultra-riches.
5° proposition : Intégrer l'éducation dans les compétences fédérales
Comme nous l'avons analysé dans ce GEAB N°60, LEAP/E2020 estime que l'effondrement du système éducatif US est au cœur de la crise que traverse actuellement le pays. Et nous pensons qu'il est impossible que les Etats-Unis sortent de cette crise autrement que durablement très affaiblis si le système éducatif n'est pas remis sur pieds. Sous prétexte d'éviter une « main-mise fédérale », la situation institutionnelle actuelle laisse de facto l'éducation n'être la responsabilité politique de personne ; ou plutôt elle est laissée dans les mains de ceux qui font des profits financiers avec l'éducation. C'est la pire des situations car elle consiste à laisser l'avenir du pays entre les mains de n'importe qui. Il faut que le pays tranche : soit il en fait une compétence fédérale et le président et le Congrès deviennent directement responsables du succès ou de l'échec du système éducatif US ; soit il le confie aux Etats et dégage le niveau fédéral de toute responsabilité rendant chaque Etat comptable devant ses propres citoyens de la qualité de l'enseignement.
Nous espérons que ces quelques idées pourront être utiles à certains de nos abonnés américains.
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