Avenir des USA / 2012-2016 (2° partie) - La spirale économique infernale US: récession/dépression/inflation


- Extrait GEAB N°60 (15 décembre 2011) -



Avenir des USA / 2012-2016 (2° partie) - La spirale économique infernale US: récession/dépression/inflation
En effet, les Etats-Unis terminent l'année 2011 dans un état de faiblesse sans équivalent depuis la Guerre de Sécession. Ils n'exercent plus aucun leadership significatif au niveau international. Les divergences entre blocs géopolitiques s'aiguisent et ils se trouvent confrontés à presque tous les grands acteurs du monde : Chine, Russie, Brésil (et, plus généralement, quasiment toute l'Amérique du Sud) et désormais l'Euroland (1). Parallèlement, ils n'arrivent pas à maîtriser un chômage dont le taux réel stagne autour de 20% sur fond d'une réduction continue et sans précédent de la population active (qui est tombée désormais à son niveau de 2001 (2)).

L'immobilier, fondement de la richesse des ménages US avec la Bourse, continue à voir ses prix chuter année après année malgré les tentatives désespérées de la Fed (3) de faciliter les prêts à l'économie via son taux zéro. La Bourse a repris sa baisse interrompue artificiellement par les deux Quantitative Easing de 2009 et 2010. Les banques américaines, dont les bilans sont beaucoup plus chargés en produits financiers dérivés que ceux de leurs homologues européennes (4), s'approchent dangereusement d'une nouvelle série de faillites dont MF Global est un signe avant-coureur, démontrant l'inexistence des procédures de contrôle ou d'alerte trois ans après l'effondrement de Wall Street en 2008 (5).

La pauvreté s'étend chaque jour un peu plus dans le pays où un Américain sur six dépend désormais des bons d'alimentation (6) et où un enfant sur cinq connaît des épisodes de vie dans la rue (7). Les services publics (éducation, social, police, voirie,…) ont été considérablement réduits dans tout le pays pour éviter les faillites de villes, comtés ou Etats. Le succès rencontré par la révolte des classes moyennes et des jeunes (TP et OWS) s'explique par ces évolutions objectives. Et les années à venir vont voir ces tendances s'aggraver.

L'état de faiblesse de l'économie et de la société US de 2011 est paradoxalement le résultat des tentatives de « sauvetage » conduites en 2009/2010 (plans de stimulation, QE, …) et de la dégradation d'une situation « normale » pré-2008. 2012 va marquer la première année de dégradation à partir d'une situation déjà très détériorée (8).

Les PME, les ménages, les collectivités locales (9), les services publics, … n'ont plus de « matelas » pour atténuer le choc de la récession dans laquelle le pays est à nouveau tombé (10). Nous avons anticipé que l'année 2012 allait voir une baisse de 30% du Dollar US par rapport aux principales devises mondiales. Dans cette économie qui importe l'essentiel de ses biens de consommation, cela se traduira par une baisse quasiment équivalente du pouvoir d'achat des ménages US sur fond d'inflation à deux chiffres.

TP et OWS ont donc de beaux jours devant eux car la colère de 2011 va devenir de la rage en 2012/2013. Et selon LEAP/E2020, rien n'est moins certain que la capacité d'un général en uniforme à maîtriser une telle rage. Car le grand enjeu financier de 2012 (qui explique pourquoi les attaques sur l'Euroland se sont multipliées et intensifiées depuis la fin de l'été 2011), c'est tout simplement le financement de l'immense « trou noir » des déficits américains.

Dans le GEAB N°61, nous développerons une analyse plus précise sur le fait que 2012 marquera un tournant catastrophique pour le marché des Bons du Trésor US ; mais ce que nous rappelons ici est déjà acté par l'OCDE : en 2012, il n'y aura plus assez d'argent disponible pour financer les déficits occidentaux (11). C'est une anticipation que nous avons faite dès 2009 en chiffrant pour la première fois ce que nous avons appelé la disparition des « actifs-fantômes » que cette crise transforme en fumée, choc après choc. L'OCDE confirme donc ce pronostic et cela explique la guerre de plus en plus ouverte que conduisent le Royaume-Uni et les Etats-Unis pour tenter de s'approprier les ressources financières restantes, notamment au détriment de l'Euroland, seule capable d'une attractivité plus grande (12).

Efforts budgétaires requis pour stabiliser le solde primaire des comptes publics au niveau de 2010 (en bleu) et pour ramener le déficit public à 60% du PIB en 2026 (en orange) (en % du PIB) - Source : OCDE, Société Générale, 11/2011
Efforts budgétaires requis pour stabiliser le solde primaire des comptes publics au niveau de 2010 (en bleu) et pour ramener le déficit public à 60% du PIB en 2026 (en orange) (en % du PIB) - Source : OCDE, Société Générale, 11/2011
La spirale infernale US récession/dépression/inflation est donc porteuse de turbulences sans équivalent moderne pour les Etats-Unis, à la fois par leur ampleur et leur vitesse. Pour notre équipe, les acteurs de la « Beltway » sont incapables d'imaginer ce choc et ses conséquences.

Ainsi, pour prendre un exemple parlant : quand le Pentagone planche avec difficulté sur une éventuelle réduction de 5% de son budget sur les cinq années à venir, il se trompe totalement de magnitude en matière de coupes budgétaires. Entre le blocage institutionnel et surtout le choc économique et financier de 2012, c'est sur une baisse de 50% de son budget qu'il devrait travailler. « Impossible ! » disent les gradés et experts militaires. En fait ils veulent dire « Impensable ! », ce qui n'est pas tout-à-fait la même chose. Qu'ils demandent aux patrons de Lehman Brothers, d'AIG et aux grands opérateurs de Wall Street s'ils estimaient « possible » en 2007 un effondrement généralisé de leur place financière un an plus tard ? Qu'ils demandent aux généraux soviétiques de 1987 s'ils croyaient « possible » que l'URSS ait disparu quatre ans plus tard et que leur budget tombe à quasiment zéro ? Dans une crise historique, l' « impossible » se limite en effet généralement à l' « impensable »… jusqu'au moment où soudain la réalité impose son choix qui ne fait que peu de cas de ce que pensent les acteurs concernés.

D'ailleurs les banques US vont affronter en 2012 une nouvelle hécatombe. Comme nous l'indiquions dans le GEAB N°58, entre 10% et 20% d'entre elles vont faire faillite (13) à l'instar de leurs homologues européennes et japonaises. Ce sont les produits dérivés peuplant leurs bilans qui vont les entraîner, conséquence directe de la crise des dettes européennes et contre-coup direct du choc qui affectera d'abord la City, dernier rempart de Wall Street.

L'hyper-inflation est donc une possibilité très réaliste pour 2013 aux Etats-Unis (14), sur fond de gouvernement fédéral (et de gouvernements locaux) dépourvu de moyens d'action et d'un système bancaire asphyxié par la remontée soudaine de tous les impayés intérieurs (dettes des ménages, des collectivités,…) et extérieurs (dettes souveraines).

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Notes:

(1) Dans son superbe poème « Tu seras un Homme, mon filsème) », Rudyard Kipling écrivait « … Si tu peux supporter d’entendre tes paroles / Travesties par des gueux pour exciter des sots, / Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles / Sans mentir toi-même d’un mot... Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire / Seront à tous jamais tes esclaves soumis ». Et ce conseil vaut pour les collectivités aussi bien que pour les individus car la lecture de la presse anglo-saxonne à propos de l'Euro et de l'Euroland fait irrésistiblement penser à notre équipe à ce passage du poème. Cependant, avec la marginalisation du Royaume-Uni au sein de l'UE et l'accélération de l'intégration de l'Euroland (conformément à nos anticipations), nous constatons le franchissement d'une barrière psychologique dans l'Euroland : le temps n'est plus à ménager les susceptibilités de nos « alliés » anglo-saxons, mais tout simplement à se protéger des attaques de nos adversaires anglo-saxons. A la différence des médias et experts « mainstream » de Wall Street et la City, les Eurolandais ne perdent pas de temps « à travestir les paroles pour exciter des sots » ; ils se contentent de prendre en compte la réalité, d'avancer en faisant le « gros dos » et de couper une à une les cordes qui les reliaient aux places financières (et demain politiques) britanniques et américaines. Notre équipe ne peut pas résister au plaisir de présenter une nouvelle illustration de la manipulation quotidienne d'information dont se sont fait une spécialité la plupart des médias britanniques et américains. Ainsi, dans le cadre de notre rubrique « les gueux parlent aux sots », MarketWatch publiait un article le 14/12/2011 intitulé « Les gestionnaires de fonds craignent une dislocation de la zone Euro ». Or, que découvrait-on à l'intérieur de l'article ? Que leur principale crainte (pour 75% d'entre eux) était une nouvelle dégradation de la note US (48% pensant que cela arrivera en 2012) alors que seulement 44% d'entre eux pensaient qu'il y avait un risque qu'un pays sorte un jour de la zone Euro, sans mention de délai. Un titrage honnête aurait donc dû être « Les gestionnaires de fond craignent une nouvelle dégradation de la note US ». Mais comme on dit en Français: « à la guerre, comme à la guerre ! »

(2) Alors que, dans le même temps, la population US s'est accrue de 30 millions de personnes, soit une hausse de 10%. Source : Washington Post, 02/12/2011

(3) Pour notre équipe, 2013/2014 va offrir, via le Congrès et du fait d'un soutien massif dans l'opinion publique, une occasion sans précédent de réclamer un démantèlement de la Fed. Les convictions anti-fédérales des Tea Parties et celles anti-Wall Street d'OWS trouveront là un irrésistible point de convergence.

(4) Source : New York Times, 24/11/2011

(5) A ce sujet, il est particulièrement intéressant de constater que les agences de notation, Moody's en tête, n'ont à nouveau rien vu venir puisque, jusqu'à la fin de l'été 2011, MF Global était recommandé par ces agences … alors même que la société était déjà en train de ponctionner les comptes de ses clients pour tenter de survivre. Que ceux qui croient que leurs investissements sont mieux protégés à Wall Street ou la City méditent sur ce « détail ».

(6) Sources : MSNBC, 11/2011 ; RT, 08/12/2011

(7) Ce sont des chiffres qui classent dorénavant le pays intégralement dans la catégorie « tiers-monde » en matière sociale. Source : Beforeitsnews, 29/11/2011

(8) Le pays ne parvient plus à générer de la croissance comme l'explique Gregor McDonald dans SeekingAlpha du 05/12/2011.

(9) Source : Washington Post, 29/11/2011

(10) En fait, il ne l'a jamais quittée depuis 2008, sauf techniquement du fait des mesures macro-économiques. Mais personne ne se nourrit de macro-économie… sauf les économistes.

(11) Source : Financial Times, 11/12/2011

(12) A ce propos, si certains croient que la Fed est intervenue avec les autres grandes banques centrales il y a un mois pour venir au « secours » de l'Euroland, c'est qu'ils connaissent mal les motivations de l'interventionnisme US : les Etats-Unis interviennent hors de leurs frontières uniquement s'ils estiment que leurs intérêts directs sont en jeu. Leurs interventions à retardement dans les deux guerres mondiales illustrent très bien cette réalité. En l'occurrence, comme nous l'avions analysé et comme le montre le cas MF Global, c'est tout simplement pour sauver leurs propres banques et institutions financières qu'ils sont intervenus. Elles oscillent au bord du vide, avec leurs bilans gonflés de produits dérivés dont personne ne connaît la teneur exacte; et seule la Fed empêche depuis trois ans la faillite généralisée de Wall Street. Comme anticipé dans plusieurs GEAB, la Fed sait très bien que l'Euroland est LE détonateur par excellence qui déclenchera l'explosion de Wall Street et la City ; alors elle arrose la mèche tant qu'elle peut le faire.

(13) Sans même mentionner le nombre croissant de procédures judiciaires dans lesquelles elles sont entraînées. Source : Le Monde, 04/12/2011

(14) Surtout que selon LEAP/E2020, la fin 2012 verra l'Euroland mettre en place une politique pro-active d'utilisation de l'Euro pour tous ses échanges y compris énergétiques. La décision prise par les banques eurolandaises de cesser leurs activités de prêt en Dollars US (elles sont passées d'un besoin de 1 300 milliards USD à 800 Milliards USD en 2011 et probablement moins de 500 milliards USD en 2012), suite à la tentative d'asphyxie dont elles ont été victimes par leurs partenaires de Wall Street et de la City, va automatiquement se traduire par un double phénomène dès la fin 2012 : une forte baisse de la demande mondiale de Dollars US ; et au contraire, une activité renforcée de prêts en Euro. Comme la Chine continue, avec ses partenaires BRICS, à accroître les échanges en Yuan (ou dans les autres monnaies BRICS), 2012 va donc être caractérisée par l'émergence de deux grandes zones monétaires à côté de la zone Dollar. Cet effondrement de la demande mondiale de Dollars pour les transactions commerciales va générer un retour massif de Dollars vers les Etats-Unis et contribuer à l'épisode hyper-inflationniste que nous anticipons pour 2013. Source : New York Times, 01/12/2011

Lundi 2 Avril 2012
LEAP/E2020
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GEAB N°75 - Sommaire

- Publié le 15 mai 2013 -

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