15/01/2013 - Conseil aux dirigeants Euro-BRICS : Organiser un mini-Sommet Euro-BRICS en amont du G20 de St Petersbourg pour formuler les positions stratégiques communes de sortie de crise et faire entrer la gouvernance mondiale dans le XXI° siècle


- Extrait GEAB N°71 (15 janvier 2013) -



15/01/2013 - Conseil aux dirigeants Euro-BRICS : Organiser un mini-Sommet Euro-BRICS en amont du G20 de St Petersbourg pour formuler les positions stratégiques communes de sortie de crise et faire entrer la gouvernance mondiale dans le XXI° siècle
A l’issue du 3° séminaire Euro-BRICS organisé par LEAP en partenariat avec le MGIMO à Cannes les 27 et 28 septembre 2012, les experts des pays de l’Euroland et des BRICS réunis pour l’occasion ont souhaité émettre en direction de leurs dirigeants un argumentaire en faveur de la tenue d’un mini-Sommet Euro-BRICS en amont du G20 de St Petersbourg. Cette recommandation fait suite à deux autres avertissements lancés en direction des dirigeants du G20 en 2009 (Lettre ouverte aux dirigeants du G20 de Londres, 24/03/2009) et en 2011 (Conseils aux leaders du G20 de Cannes, 15/09/2011) relatifs à la gestion de la crise systémique globale à l’initiative de Franck Biancheri, directeur des Etudes et de la Stratégie de LEAP, décédé le 30 octobre dernier. Cette lettre est également un hommage à toute l’énergie qu’il a déployée quatre années durant, malgré la maladie, à expliquer les fondamentaux de la crise, à formuler des recommandations stratégiques pour la résoudre et à créer les plateformes à même de rendre ces recommandations audibles.

En 2013, le monde prend conscience que la dette américaine qui pénalise gravement l’économie globale n’a pas de solution : sa taille astronomique et l’extrême faiblesse des fondamentaux économiques des Etats-Unis ne laissent rien présager d’autre que l’effondrement de la monnaie de référence internationale comme inévitable conséquence de et solution à la crise de la dette américaine. La crise globale s’apprête donc à connaître un nouveau développement dramatique. La question est : le monde est-il préparé à encaisser un tel choc ?

Certes, depuis les premières manifestations de la crise en 2008, le reste du monde a bien travaillé, notamment dans un objectif : se désolidariser de la puissance américaine vacillante et mettre tout en œuvre pour éviter d’être entraîné dans son probable effondrement.

Parmi les innombrables mesures prises dans le monde, deux retiennent l’attention :

. Le renforcement considérable de l’Euroland : en cela aidés par l’attaque frontale menée par le système financier anglo-américaine contre l’Euro, les Européens ont tenu bon, resserré leurs rangs, pris des décisions courageuses, mis en place des mécanismes innovants (MES, union bancaire,…), accru le rôle le BCE… En 4 ans, l’Euroland est devenue une réalité appelant maintenant une étape d’union politique commençant enfin à faire débat, une entité ancrée dans le monde du XXI° siècle, et le nouveau moteur de la construction européenne.

. L’alliance des cinq principales puissances émergentes de ce début de XXI° siècle : les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Ce groupe, ou club, ou réseau, est une innovation porteuse d’avenir à bien des égards : participant à toutes les courbes ascendantes des statistiques mondiales telles que croissance, démographie, influence géopolitique, consommation énergétique, qualité et espérance de vie, etc., les BRICS sont cinq des pays auxquels le XXI° siècle aura affaire de facto ; ces cinq pays sont également les porte-drapeaux de continents et, pour la plupart, d’entités régionales couvrant la quasi-totalité du monde non-occidental.

L’Euroland et les BRICS partagent une autre caractéristique éminemment moderne : ce qui fait la force des BRICS c’est la légèreté structurelle de leur association qui leur permet de concentrer leur énergie sur les objectifs plutôt que de se perdre dans la construction d’un édifice institutionnel. L’Euroland également, sans existence juridique certes, est le nouveau moteur de la construction européenne, laissant loin derrière elle la pesante machine communautaire de l’UE. A l’heure de l’internet, des vidéoconférences et des réseaux, c’est le projet qui prime et les entités qui l’auront compris auront une avance considérable en termes d’efficacité sur toutes les autres.

Ce que l’Euroland et les BRICS ont également en commun, c’est leur difficulté à être officiellement reconnus comme autre chose qu’une simple union monétaire d’un côté et une alliance économique de l’autre. Mais puisque le reste du monde fait mine de les ignorer, pourquoi ne pas commencer en s’entre-reconnaissant par la tenue d’une première réunion officielle commune ?

Enfin, de nombreux intérêts communs rapprochent l’Euroland et les BRICS, à commencer par leur volonté de créer une nouvelle devise internationale de référence fondée sur un panier des principales monnaies internationales (Dollar US, Euro, Livre Sterling, Yen, Yuan, Real, Rouble, or…) en lieu et place du seul Dollar US, désormais incapable de tenir le rôle de pilier du système monétaire mondial.

Alors que ces deux entités se structuraient et prenaient du poids, les Sommets du G20 s’enchaînaient, tous consacrés à la résolution de la crise sans qu’aucun ne mette au programme de ses discussions la question centrale du remplacement de la monnaie de référence du système économique mondial (à savoir le Dollar US, devise exposant le monde entier aux aléas volatils de son économie en déclin, devise désormais non-représentative de l’économie mondiale multipolaire et cause centrale de tous ses désordres actuels et de plus grands désordres à venir) par un panier de devises, le « Global » par exemple.

En 2009 (en amont du Sommet de Londres) puis en 2011 (en amont du Sommet de Cannes), LEAP avait émis deux recommandations fortes à l’intention des dirigeants du G20. Parallèlement, cette question a commencé à être portée par des acteurs plus significatifs, comme la Chine par exemple. Malheureusement, le sujet n’a pas pu être sérieusement abordé dans les enceintes internationales, révélant l’influence de certains pays sur les instances de la gouvernance mondiale, et forçant les autres à construire leurs stratégies de découplage économico-monétaire en dehors de ce cadre.

Alors que tout le monde appelle à l’adaptation des institutions internationales aux caractéristiques du monde d’aujourd’hui, l’échec de cette réforme laisse la place aux logiques de blocs et à tous les risques qui leur sont inhérents.

Dans sa 2° Lettre ouverte aux dirigeants du G20, en 2011, LEAP mentionnait une fenêtre d’opportunité de deux ans (2012-2013) ouverte par l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération de dirigeants : « Mexique, Corée du Sud, Chine, Inde, France, Italie, Allemagne … à partir de la fin 2012, le Groupe des 20 réunirait pour l'essentiel des leaders politiques élus « dans la crise », et non pas avant la crise comme cela avait été le cas auparavant ». Cette caractéristique était jugée de bon augure du point de vue de la capacité à balayer certains blocages de la table du G20.

En ce qui concerne plus précisément le prochain Sommet, celui prévu en septembre à Saint Petersbourg, il focalise beaucoup d’espoirs de renouveau car il sera le premier à se tenir hors de la zone d’influence occidentale et on peut compter a priori sur Vladimir Poutine pour ne pas hésiter à mettre au programme les sujets qui fâchent et notamment, espérons-le, la question de la réforme du système monétaire international.

Cela dit, si mettre au programme cette question constituerait un progrès incontestable, il n’est pas certain que les puissances réunies autour de la table seront capables de saisir l’opportunité malgré toutes leurs bonnes volontés individuelles : des volontés en partie divisées ne sont pas en mesure de faire la différence.

Autre point éventuellement positif, les BRICS mettront probablement – mais pas assurément - leur alliance au service de cette cause. Bien sûr, les BRICS ont intérêt à voir se mettre en place une nouvelle monnaie internationale, mais ils ont aussi d’autres solutions à leur disposition, celles liées aux logiques de blocs dont on a déjà parlé. D’autant qu’à eux cinq, même en combinant leurs influences, ils ne pèseront toujours pas suffisamment pour un vrai rééquilibrage.

En revanche, une alliance Euro-BRICS est, elle, capable de créer une vraie majorité au sein du G20 : comptant pour 9 sur 20 des puissances présentes autour de la table, un front Euro-BRICS défendant un projet reconnu comme porteur d’évolutions positives, est capable d’emporter l’adhésion du groupe en marginalisant les quelques voix qui s’élèveront inévitablement contre.

Mais une telle alliance ne s’improvise pas. C’est pour cette raison que ce troisième exercice de recommandations politico-stratégiques s’adresse en particulier aux dirigeants des Euro-BRICS du G20 et porte sur une seule recommandation : dans le cadre du Sommet BRICS que le Président Poutine a prévu d’organiser à Saint Petersbourg en marge du G20, programmer un premier mini-Sommet Euro-BRICS consacré à la définition de positions communes dans le but de modifier les équilibres à l’œuvre dans la prise de décision du G20, une instance qui, si elle rate cette occasion d’affirmer sa valeur-ajoutée, ne tardera pas à disparaître des radars de la gouvernance mondiale au profit de la grande cacophonie des entités supranationales en cours de constitution partout dans le monde (CELAC, UNASUR, MERCOSUR, ALBA, CAN, ALADI, ALENA, OEA, UA, NEPAD, SADC, COMESA, CEDEAO, UEMOA, CEMAC, Ligue Arabe, UE, AELE, ASEAN, APT, EAC, BRICS, CASSH, Union Eurasienne, etc.).

De la reconnexion du G20 avec la réalité globale, tout le monde serait gagnant, y compris les puissances qui y sont si farouchement opposées. Monde multipolaire sous une gouvernance mondiale rénovée ou blocs nationaux et supranationaux concurrents, ce sont les dirigeants Euro-BRICS qui ont les cartes en main pour aiguiller la planète sur une voie ou sur l’autre.

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Annexes :

Compte-rendu complet du 3° séminaire Euro-BRICS de Cannes




Mercredi 23 Janvier 2013
LEAP/E2020
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GEAB N°86 - Sommaire

- Publié le 15 juin 2014 -

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